Texte : Lenia Major
Illustrations : Romain Dagonet
   Chapitre 7    

Préparons-nous


Branle bas de combat dans la maison ! Il faut descendre du grenier les vieux cartons poussiéreux qui contiennent mes habits de bébé, et faire du tri. Ils sont rangés là depuis presque six ans,  une éternité quoi! Papa revient les bras chargés et couvert de toiles d'araignées. C'est à nous les filles de prendre le relais, et de nous mettre au boulot. Pour Papa, pas question de rester là à rien faire : il doit maintenant descendre à la cave repeindre le berceau. Et tel que je le connais, il fera une étape par les placards de la cuisine et les plaquettes de chocolat !

Les vêtements sont rangés par taille, voici donc mes premiers pyjamas. Ce n'est pas possible que j'aie pu un jour rentrer là dedans, c'est trop petit. Même un de mes orteils ne tiendrait pas à la place des pieds ; et les manches sont moins longues que ma main.
- Maman, tu t'es trompée, ce sont des habits de poupée !
- Hé non, ma pauvre ratounette, ce sont bien tes vêtements. Tu n'as pas toujours chaussé du 32, ni eu ces beaux biceps musclés de Popeye. Toi aussi, tu as été une petite crevette avec des jambes pas plus grosses qu'un nem !
- Ben dis donc, c'est vrai que ça fait bien grandir la soupe alors !
Il y en a de toutes les couleurs, des habits, avec plein de motifs et même des ridicules à volants et dentelles. Heureusement qu'à mon âge je peux choisir mes tenues, parce que mes parents avaient de drôles de goûts quand je suis née !
- On ne va pas garder les robes, ni la layette rose, déclare Maman.
- Les robes, je comprends, mais pourquoi pas le rose ? Mamie dit toujours que c'est très seyant (Mamie parle certaines fois comme au temps de Louis XIV!) et que ça donne un teint «velouté ».
Il paraît que c'est joli d'avoir la couleur du yaourt, encore des idées bizarres de grands…
- Les garçons ne portent pas de rose.
- Ce n'est pas vrai, Monsieur Lion, notre directeur d'école, met souvent des chemises roses, et personne ne lui dit rien. Le bébé, il s'en moquera de la couleur de son pyjama, du moment qu'il est chaud.
- Tu as parfaitement raison, ma chérie, mais c'est la coutume…alors pas de rose pour Léandre. Tu ne voudrais pas qu'on se moque de lui ou qu'on le prenne pour une fille ?
- Z'ont pas intérêt à se moquer de mon frère ou ils verront de quel bois je me chauffe ! GRRRRRR !
J'ai une super technique de grognement, très impressionnante. Papa dit que c'est dans mes gènes, depuis le temps où les hommes préhistoriques devaient effrayer les bêtes féroces !

On doit préparer une valise pour que Maman et Léandre restent quelques jours à la maternité. Sur la pile de linge, je dépose le doudou que je lui offre. J'ai dépensé un gros billet pour acheter une belle vache verte avec de longues cornes et une queue qu'il pourra mâchouiller et tétouiller tant qu'il voudra. J'ai pris mon temps pour la choisir, mais pour mon frère, il fallait qu'elle ait toutes les qualités : qu'elle soit douce pour la frotter contre sa joue, solide pour la traîner partout, rigolote pour le faire sourire, et bien absorbante parce que les bébés, ça bave tout le temps !
S'il savait comme je me décarcasse pour lui, mon petit frère, il serait épaté !

Nous sommes prêts : l'armoire est remplie, bien rangée, la valise est gonflée (il a fallu que je m'asseye dessus pour pouvoir la fermer !), le berceau a l'air tout neuf, les peluches sont alignées. On n'attend plus que l'intéressé : Léandre !

                    Texte : Lenia Major
Illustrations : Romain Dagonet
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